Didier Cros
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LA COLOMBE DE SANG ROUGE


C’est un mardi vers le soir. C’est un jour dans la vie sainte, c’est un jour ordinaire dans la candeur de vivre. Je suis dans le train qui revient de Paris. Le ciel glisse sur les vitres. Le sang file sous les tempes. Je viens de voir trois personnes, merveilleusement accordées : Didier Cros, et ses yeux tachés de peinture. Sa compagne au nom de livre rouge et or, Sophie. La troisième personne est multiple, ce sont les tableaux de Didier Cros. Quand on revient de Paris, on ramène quelques chose, une tour Eiffel, un livre rare, un chagrin, quelque chose ; Ce soir je ramène avec moi la plus précieuse offrande ; le désir à son point de source. Le phénix du désir, avec une flamme dans le bec. Les peintures de Didier Cros embrasent le sang. C’est inexplicable, c’est comme ça. On ne passe pas devant ces tableaux : ce sont eux qui vous envahissent, d’emblée, sans façon, un peu comme l’on tombe amoureux d’une personne qui ne vous a pas été présentée. Un peu comme ça, beaucoup comme ça. On écarte des grands rideaux mauves, on marche sur des grandes forces pourpres. On jouit. On jouit dans le calme, dans le large et le fort. Didier Cros peint comme il respire, et il respire le radieux, l’abondant. Violent comme savent l’être seulement les contemplatifs, il s’avance dans les sous-bois de la peinture. A la limite du fugitif et de l’abstrait. En lisière, en orée. La couleur gicle par une veine, belle couleur battante, bel orage tendre pour jeunes animaux fiers. Beaux feuillages pour clairs amants. Je parle avec Didier Cros. Il est muet ou presque, c’est un bon signe, un signe certain pour reconnaître les vrais peintres : leurs lèvres sont mangées de charbon . Un trait de fusain, pas plus. Toute leur intelligence passe dans leur œuvre. Toute leur fièvre et toute leur langue. Je parle avec Sophie. C’est la présence essentielle, celle qui accompagne. Je parle enfin avec les tableaux de Didier Cros. Longtemps. Dans le train du retour, encore. Je regarde la beauté de ces états du cœur, de cet homme dans l’essai de ses forces. Je regarde la colombe de sang rouge, dans la cage de peinture.

Christian BOBIN - 1987
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